19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 18:24

Au rythme d’une journée gentille à Morterolles (2007)


5H- Morterolles se réveille tôt, on s'y lève tard. Ma chambre contigüe à celle de Pascal est de style rustique. Elle a porté les prénoms d’amitiés, brèves ou plus constantes, qui en franchirent le seuil. Telle une loge de théâtre, les murs sont de velours rouge. La baie ouvre sur la terrasse, l’ombrage du tilleul filtre le soleil, juste un rayon de lumière.

Amateur d’informations, je dois tout savoir, avant que Pascal ne lise les journaux. Ce soir, nous commenterons les propos de ses amis célèbres de la politique.


7H- Sabots aux pieds, je profite du soleil levant. Petit bonheur. La brume enveloppe les étangs, un martin-pêcheur et un héron croisent leur vol, là-bas un coq lance son chant, près de moi les ânes braient discrètement…Chut ! Pascal dort.

Direction Bessines, où je prends mon petit déjeuner, afin de préserver le sommeil de mon hôte. Là-bas, je croise Christiane, c’est l’heure des courses matinales, presse et boulangerie. Si le maître des lieux ne manque de rien, le plus petit  oubli l’agacera ! Christiane sait.

Je rejoins les amis de Morterolles, une bise à Aïda. Depuis 30ans, elle est son plus fidèle rempart. Elle habite là, près de la propriété, une maison achetée depuis quelques années. Elle laisse croire qu’elle ne sait rien de ce qui arrive à Pascal…mais elle entend tout, elle à des amis, un médecin peu soucieux de son serment…Elle veille sur ce secret qui la bouleverse, Muette et douloureuse.


9H- Christiane fait le café, nous le partagerons avec les jardiniers, sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Nous parlerons de tout, de rien, surtout pas de Pascal dont nous espérons la guérison qui tarde. Christophe et Armand vont arroser fleurs et plantes, des milliers choisis par Pascal.

10H- Heure critique, Christiane tend l’oreille vers la chambre de Pascal :

«  Je l’entends bouger, tant mieux, j’éviterai de le réveiller, l’infirmière vient tôt ce matin »

Jamais, il ne comprendra « les lève-tôt » pour lui, ce sont «  des bizarres, animateurs de radio, ou porteurs de petit –déjeuners »

En 1993, alors Directeur des programmes de Radio-Montmartre, il m’appellera, afin d’animer cette tranche matinale.

Christiane emporte le plateau du petit déjeuner. Au retour, elle lâchera : » Ca à l’air d’aller » Ce minuscule commentaire du matin, je l’attends, angoissé.

Installé à la table reconvertie en bureau, au pied de l’escalier, celui-là que Pascal empruntera bientôt, j’attends, spectateur impuissant. Le montera-t-il quatre à quatre ? Ou le gravira-t-il façon Everest ! Aujourd’hui est un jour normal, sans aller-retour à Limoges.


11H- Il traverse le salon. On s’embrasse sur un « T’as bien dormi ? Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, j’ai la fièvre » Afin de le rassurer, j’évoque le temps, la nouvelle lune…Il fait semblant d’y croire. Il est déjà à l’étage dans la salle de bains, près de la chambre de Stéphane.

La priorité du matin : l’appel à Jean-Christophe, son neveu, son bébé, son fils. Un soir, il me dira : « Un jour quand je ne serai plus à la Télé, dans longtemps, il sera Directeur de Chaine » les yeux dans les yeux, ma réponse tombera : «  Et toi, tu seras à l’Académie Française »

La journée s’écoule au fil des allées et venues  de Christiane. Le téléphone sonne : «  Les gens qui appellent avant 11H sont d’une indiscrétion… »Mais il décrochera. Plus tard, fragilisé, les messages seront pour nous, Christiane, Serge T. et moi. Mot d’ordre : être rapide, efficace, discret. Si Jacqueline n’a pas appelé, il lui racontera sa nuit lui-même.


14H30- Christiane s’éloigne sur un «  A ce soir, Monsieur, bon  après-midi. » Pascal regagne son bureau, écrit à ses amis, répond au courrier des lecteurs fidèles. Parfois son regard perdu plongé vers les étangs. Quelques coups de fil à P. Besson, B Delanoë à sa Maman, s’il se sent mieux. De temps à autre, je monte lui faire un petit coucou, le rassurant au mieux.

 

15H30- L’heure du goûter, au bar de la cuisine. Une tasse de thé, une potion magique, et une pâtisserie cuisinée par Christiane ou Reine. Pascal regagne son bureau, après son traditionnel : « Nous sortirons à 16H54. » Je ris, lui fait semblant de se fâcher. Un jeu, entre nous !

 

16H54- Les bons jours, nous marcherons une heure, commençant par la visite aux jardiniers. Ils rendront compte de leur journée et des projets pour demain.

Du bout de sa canne, il me désigne sa récente acquisition, un terrain, et son rêve : acheter une masure afin de libérer son regard, de cette horreur qui enlaidit son horizon.

 

18H- «  Tu as vu, je ne suis pas essoufflé, c’est un signe gentil. » Besoin de se rassurer, il surveille sa température, son état, prend des notes, faxées le soir même à ses Professeurs. Désespérément, il attend l’Espoir.

 

19H- Cérémonie d’allumage, dans un ordre établi, nous le referons scrupuleusement à l’envers, à l’heure du coucher. D’abord les lampes du salon, l’applique qui ajoute du mystère aux tableaux, enfin les photophores près de Stéphane triomphant sur la cheminée.

 

20H- L’heure Télé et Zapping. Les informations et ses commentaires sur PPDA et F. Laborde, ses préférés.

 

20H15- Monsieur est servi « Bravo ma p’tite fille. »

Pascal passe à table à 20H15. Où qu’il soit ?  Du petit restaurant au plus réputé. Ici les repas sont variés, Christiane ne manque pas d’imagination. Bière ou vin rosé ? L’essentiel est ailleurs ; la bière doit-être fraîche et le vin glacé.

 

20h35- Retour au salon télé. Pascal se souvient d’un autre temps, celui du 49 Rue Gabrielle, cet appartement choisi par Dalida. Je songe à son goût immodéré de l’exactitude, nous convoquant à heure fixe à des diners privilégiés ; fins de soirées intimes, parfois câlines, en compagnie d’artistes célèbres…L’arrivée foudroyante de Stéphane, mettra un terme à ces fins de nuit agitées. Une boisson de fruits frais et l’ampoule de Gelée Royale. Nous regardons une rediffusion de l’émission «  C dans l’air. », nous aimons Yves Calvi. Commentaire de Pascal « Pas aimable, mais excellent, qui est son Père ? » Pour la 10ème fois, Pascal m’interroge. Je connais la biographie de G. Calvi, compositeur célèbre,  sur le bout des doigts. Examen réussi ! Ouf !

 

23H- Entre un chocolat et une pâte de fruit, Pascal s’absente, et reparait en peignoir, c’est le moment douceur, l’heure du massage afin de détendre jambes, bras et cicatrices… !

« Tu dors, va te coucher mon chéri »Il s’amuse de cela, se lever tôt, exige de se coucher tôt. Quelques carrés de chocolat, plus tard, le planning du lendemain est établi à la minute près. Toujours cette obsession de l’exactitude.


Si tout va bien, demain nous déjeunerons au Floride, Pépita sera là, elle criera à notre arrivée « Deux milanaises pour Monsieur Pascal SEVRAN. » et la salle se retournera, étonnée de découvrir, ici cet Homme Exceptionnel.

PAR DIDIER OUVRARD

commentaires

Applincourt Gérard 14/09/2009 20:07

Salut mon Didier que de joie de te retrouver sur le net j'ai suivi tes avantures dans les journal intime de pascal. Qu'il est loin le temps de la chance aux chansons mais je n'ai rien oublié. Je te soutien dans tes demarche pour réincarner notre cher et regretter Pascal. Je t'embrasse et espére te revoir un jour. Mille bisous.. ton ami qui ne ta jamai oublié. Gérard.applincourt@sfr.fr

Chantal de Normandie 23/03/2009 08:57

Didier je suis de retour du Berry, de Morterolles et Saint Pardoux, me voici en Normandie ce témoignage de votre part a été merveilleux, un pur moment de bonheur. Merci aussi pour les commentaires sur ma petite visite, vous êtes des amours de faire vivre ce blog avec tant de chaleur. Je pense que Pascal est très contents de nous. Mille bisous à vous tous.

Josyane 20/03/2009 11:10

Que de tendresse dans ce récit! Je suis heureuse de savoir que Pascal a été aussi bien accompagné. Vous, Serge T, êtes des amis dont Pascal n'a jamais dû douter. Didier, j'espère de tout coeur que votre projet aboutira, vous êtes LA personne qui pouvez prendre le relais, autant par le professionnalisme que par le coeur. Et merci pour ces instants de vie que vous savez si bien nous conter.
Amicalement
Josyane

Isa 20/03/2009 03:50

Très émouvant, ton récit, Didier... Que de souvenirs dois-tu avoir en tête !
Continue à nous faire partager les moments de ta vie avec notre Pascal, nous en avons grand besoin.
Je t'embrasse fort et te souhaite de tout mon coeur de rebondir très vite !
Isa.

marianne 19/03/2009 20:56

Merci Didier pour cette journée si joliment racontée....tout ce que vous avez dit je l'ai visualisé en même temps comme si c'était hier et qu'il était parmi nous.
Mille fois merci pour ce beau moment de lecture. Je vous embrasse. Marianne

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