Revue de Presse, Isabelle Aubret, la battante, le 04-06-10

Publié le 4 Juin 2010

Elle était son amie fidèle, son meilleur porte-chansons. Isabelle Aubret, interprète d'exception, fera revivre Jean Ferrat demain à Lille dans le cadre de la tournée « Âge tendre et têtes de bois ». Rencontre avec une femme bouleversante.

On imagine que vous n'avez pas hésité à signer pour une seconde année d'« Âge tendre et têtes de bois » ?

>> Cette tournée est pour moi, humainement parlant, une belle aventure. On est entre 100 à 150 personnes sur les routes et nous sommes devenus proches les uns des autres.

Des rencontres inattendues ?
>> Au départ, je ne connaissais pas personnellement les artistes. Mais on fait le même le métier, on a la même peur avant d'entrer sur scène, la même innocence. On redevient tous des enfants. Et puis Michel Algay (le producteur, ndlr) a fait les choses de manière formidable. Il nous a donné un régisseur de talent, des musiciens hors pair. Je n'ai jamais eu ça de ma vie à part peut-être quand je suis passée à l'Olympia avec Brel. Il y a des écrans qui permettent de créer des climats et de nous voir en gros plan. À partir du moment où le temps me laisse en bonne santé et avec la même passion de chanter, je suis contente que les gens me voient comme je suis, avec les sillons et les déchirures de la vie. Je trouve ça d'autant plus émouvant.

Avez-vous conscience de l'amour que vous renvoie le public ?
>> À la dédicace, il y a souvent des jeunes qui me disent : « Ne changez rien, vous êtes tellement belle » (Les yeux embués). Cela m'éblouit à chaque fois. C'est miraculeux. Il y a des spectateurs qui sont venus l'année dernière pour Stone et Charden ou Sheila et qui m'ont découverte. C'est un peu comme une renaissance. Aragon disait : « Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son coeur ». Rien n'est jamais perdu non plus, ai-je envie d'ajouter.

Rendez-vous hommage ici à Jean Ferrat ?
>> Évidemment. J'ai aussi conservé La quête de Brel. De toute façon, Jacques et Tonton sont dans mon coeur. Le fait de les chanter, ça permet de les avoir encore sur scène. C'est ça que j'aime dans la chanson : elle reste vivante grâce aux interprètes.

Vous vous êtes produite à Tours le jour de son décès. C'est ce qu'il aurait voulu ?
>> Bien sûr. Vous savez, le jour où maman est morte, j'étais sur un bateau et il fallait que je chante. Je trouvais que c'était plus joli que j'annonce aux spectateurs sa disparition plutôt qu'ils rentrent chez eux et qu'ils apprennent ça brutalement par la radio ou la télé. Depuis 1973, les gens me demandaient : « Comment va Jean Ferrat ? ». Depuis trois ans, c'était de plus en plus difficile de leur dire qu'il allait bien. Comme je ne voulais pas leur mentir, je leur disais : « Il est fragile mais il va bien » (En pleurs).

Il fallait donc partager ce chagrin avec le public...
>> Quand sa femme Colette m'a annoncé sa mort une heure avant d'entrer en scène, j'ai pleuré un bon coup, j'ai pris sur moi, je me suis fait belle, j'ai mis des bigoudis comme d'habitude. Je pense que les gens étaient aussi bouleversés que moi. Ce qui était magique, c'était la présence de tous les artistes derrière la scène comme si j'allais tomber. Sheila m'a prise dans ses bras, j'étais terrorisée à l'idée de devoir le faire. L'animateur m'a dit : « Sheila était là, elle chantait en même temps que toi, mot après mot ».

Avez-vous mis du temps à gagner son amitié ?
>> L'homme était timide, assez réservé. Moi, je suis un peu un chien fou (rires). Ma mère me disait souvent : « Tourne ta langue dans ta bouche ». Il a fallu apprivoiser Tonton et je crois qu'il m'a aimée pour celle que j'étais.

C'était un humaniste, un grand sensible. Comme vous ?
>> Il se battait pour une meilleure justice sociale. Il aimait les gens et il était très fier que je lui raconte que ceux-ci me posaient des questions sur lui. Il s'est rendu à tous mes spectacles et il est même venu deux fois me voir dans Les monologues du vagin.

Aragon, Brel, Ferrat comme parrains. Difficile de faire mieux ?
>> Cela vous donne aussi des complexes pour écrire (rires). On m'a souvent demandé pourquoi je ne prenais pas la plume. Avec Jacques et Tonton, cela a toujours été des relations de tendresse, de vérité, de pureté. C'est pour ça que je me suis insurgée contre le sous-entendu malsain écrit la semaine dernière par Stéphane Bern. Il a osé dire que j'avais eu une histoire avec Jean Ferrat. Je suis devenue folle de rage. C'est un homme sale. Je ne vais pas en rester là.

Vous dites : « Je vais directement dans le vif des mots ». D'où cette interprétation viscérale des chansons ?
>> Je pense que je suis née pour ça. Les mots sont si forts que ça console. Petite, on était huit dans la même chambre et je racontais des histoires qui concernaient mes soeurs. Elles en étaient les héroïnes.

Peut-on dire que vous êtes forte et fragile ?
>> Absolument. Les deux à la fois. En ce moment, je suis comme du papier déchiré. Mon coeur n'arrive pas à redescendre à un rythme normal, mais je sais que ça va passer. Je vis ça vaillamment. Quand on perd des gens qu'on aime, on ne se reconstruit pas comme ça en un clin d'oeil. Dès que je chante C'est beau la vie, je renais. J'arrive à faire sentir aux gens que la vie est là, qu'il faut s'accrocher et donner encore du bonheur (Émue).

Avez-vous souffert du mutisme des médias à partir des années 80 ?
>> On m'a mis beaucoup de bâtons dans les roues, c'est vrai. Je me suis sentie par moments abandonnée. En 2006, j'ai été invitée par Ruquier parce qu'il avait beaucoup aimé l'album et Pascal Sevran. Et c'est tout...

À quand une grande scène pour vous ?
>> Le Palais des Sports en mai 2011. Il y aura un orchestre et des cordes. Je ne voulais aucune autre salle parce que Tonton s'est arrêté là. Je sais qu'il sera avec moi. D'avance, cela me provoque une émotion magnifique (En pleurs).

Pour reprendre une chanson de Jean Ferrat, vous ne chantez pas pour passer le temps...
>> Chanter, c'est un acte d'amour, de tendresse, une vraie passion. Le compliment qui me touche le plus, c'est quand les gens me disent : « Votre voix n'a pas changé ».
Je ne connais pas d'artistes qui ont chanté aussi souvent et aussi seule que moi. Tous les jours, même dans les moments où il n'y avait pas de travail, je rentre dans mon studio et je chante le temps qu'il faut pour que ma voix reste. Je pense que je mérite aussi de la tendresse.
Par Patrice Demailly - Nord Eclair - 04-06-10

Rédigé par Ronan H

Publié dans #Article de Presse

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Martine de Franche-Comté 04/06/2010 19:52


MERCI Ronan pour cet article.J'ai, pour Jean Ferrat et Pascal, le même "amour". J'ai eu la chance de voir Jean Ferrat en spectacle, j'avais 15 ans (j'en ai 57...), j'habitais à côté d'une ville
industrielle (Sochaux le fief automobiles Peugeot), je n'ai malheureusement jamais vu Pascal. Je lui envoyais des mails, mais je ne saurai jamais s'il a eu le temps de les lire.... J'envie Annie et
Mariane pour les échanges qu'elles ont eu avec lui.
J'écris rarement sur le blog, mais, je le lis à chaque nouvel article. Je vois aussi, avec plaisir, qu'il y a des "petites nouvelles et nouveaux" qui rejoignent le groupe "des amis(es) de Pascal.
Dans une pièce de théâtre il était dit qu'une personne décédée ne le serait jamais tant que quelqu'un pensait à cette personne. Pour Pascal pas de souci, il sera toujours là, mais, il manque
vraiment....
Je vous embrasse embrassez-vous.