10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 22:21
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Anny Gould : Roubaix toujours au coeur

Vous êtes une pure Roubaisienne.
Je suis née à Paris, mais mon père a eu le mal du pays et nous sommes rentrés à Roubaix. Je suis allée à l'école au Pont Rouge, puis au collège de jeunes filles qui était situé à côté du Parc Barbieux.

Et une pure musicienne
Mon père était artiste de music-hall et il ne voulait pas que je chante. Nous avions un café, à la frontière de Hem, où il y avait des concerts le samedi soir. Les clients venaient avec leur violon, leur accordéon, il y avait des soirées vraiment magnifiques. Et des ducasses à Pierrot ! Mon père cherchait à m'éloigner de la chanson, mais en même temps je baignais dans ce milieu. Avec le café, ma cousine qui était prof au conservatoire de Roubaix. Mon père voulait que je sois institutrice.

 

Quand avez-vous quitté Roubaix ?

J'avais une vingtaine d'années. Je suis partie retrouver un garçon qui me faisait la cour à Metz. Mon père a été furieux. Il m'a dit : restez où vous êtes, vous n'êtes plus ma fille. Il ne pensait pas que je lui obéirais ! Je suis pourtant restée là-bas, habitant avec ceux qui allaient devenir mes beaux parents, alors que mon fiancé était sur la ligne Maginot. Puis nous nous sommes mariés, avec la permission de maman.

 

Votre exil à Metz faillit vous être fatal.

Un dimanche matin, un officier allemand frappe à la porte de l'appartement que j'occupais avec mes beaux parents. Il nous dit que nous avons le droit d'emporter 2000 F, 20 kg de bagages et qu'un car nous attend en bas. Nous avons été expulsés, conduits dans un car blindé dans un camp de concentration à Lyon. On nous a mis en file. Les Allemands nous mettaient une règle sous le nez pour savoir si nous étions israélites ou pas. Et ma belle-mère et moi, selon leurs critères, étions juifs. L'angoisse est montée. Heureusement, j'ai réussi à demander à un jeune français d'appeler ma tante à Paris qui, elle était très catholique.

 

Et elle est parvenue à vous sauver la mise.

Elle a réussi à faire jouer ses relations dans le monde de l'Eglise. Alors que je n'étais même pas baptisée, elle m'a envoyé un certificat de baptême. Apportant la preuve que j'étais une bonne catholique, ils nous ont laissé repartir. Nous nous sommes ensuite installés près de Chateauroux.

 
Et là, vous risquez à nouveau votre vie.

J'ai trouvé une place de secrétaire dans l'armée. Et je suis entrée dans la résistance, ne sachant évidemment pas les risques que je prenais et étant patriote comme on peut l'être à 20 ans. J'avais une fausse carte d'identité au nom d'Annie Tissot. Je portais des messages que je cachais dans ma bicyclette.

 

Comment en êtes-vous arrivée à la chanson ?

Quand mon mari est revenu de captivité, on est parti vivre à Dijon. Il est devenu voyageur de commerce et nous avons eu un fils, Jean-Michel. Nous étions dans un square quand j'entends deux officiers américains - vous l'avez compris, entre temps les Américains étaient entrés dans la ville – qui discutent : ils avaient besoin d'argent et avaient une bague à vendre. Trop contente d'aider des officiers américains, je les conduis chez une amie bijoutière avec laquelle ils font affaire. Pour me remercier de les avoir aidés, ils me proposent de venir à l'inauguration d'un music-hall, le Green Dragon.

 

Quelle est votre réaction ?

J'étais folle de joie. C'était tout ce que j'aimais et avec la guerre, il n'y avait plus aucune distraction. C'était vraiment l'événement à ne pas louper. J'y suis donc allée avec une amie. C'était somptueux. Il avait un orchestre magnifique, du champagne. Un peu enivrée, je glisse à mon amie que la chanteuse ne connait pas bien l'anglais. Tu ferais mieux ?, me demande-t-elle. Je lui réponds que oui. Elle me dit : chiche

 

Et ?

J'ai descendu les quelques marches qui nous séparaient de la scène et j'y suis allée comme si j'avais toujours fait ça. J'en enchaîné les classiques du jazz que j'adorais, comme Night and day C'est ainsi qu'a démarré Anny Gould !

 

Car les Américains en ont redemandé !

Oui. J'y suis retournée le lendemain. Puis tous les soirs. Jusqu'à ce que mon mari rentre un soir de sa tournée. Il me demande d'où je viens. Je commence par refuser de lui répondre puis je cède. Il est tombé des nues, il ne savait même pas que je chantais. J'ai demandé l'autorisation aux officiers de faire venir mon mari un soir, puisque le cabaret était interdit aux civils. Là, il a été ébloui. Et il m'a dit : on va aller à Paris.

 

Et tout de suite votre carrière a commencé.

Oui. J'ai passé une audition aux éditions Métropolitaines et on m'a signé un contrat de 3 ans. Et j'ai eu la chance d'enregistrer très vite.

 

Quel était votre répertoire ?

On me donnait beaucoup d'adaptations de succès américains à chanter. Danse ballerine a beaucoup marché. Et puis Copacabana. Et j'ai été une des premières à chanter Aznavour.

 

Mais c'est le concours de la chanson à Deauville qui vous a propulsée.

Oui, à l'époque, c'était l'équivalent du Concours de l'Eurovision. Il y avait là toutes mes idoles, dont Cole Porter. Quand je l'ai remporté en 1948, tout de suite j'ai été propulsée.

 

C'est là aussi que vous avez rencontré un certain Wolf .

C'est vrai qu'il a pris ma carrière en mains et qu'il a été à l'origine de nombreux contrats. Ca, je ne peux pas lui enlever. Mais c'était aussi un homme épouvantable quand il buvait. Il me frappait. J'ai donc dû le quitter. Je me souviens du soir de ma première à l'Olympia. Le tout Paris était dans ma loge, Montant et Signoret, Henri Salvador, Bécaud. Wolf aussi est là. Il me propose d'aller prendre le champagne chez lui avec d'autres amis, pour fêter mon succès. Et moi, comme une idiote, j'accepte. Sur les quais, à un feu rouge, il arrête la voiture et se met à me rouer de coups. Nos amis dans les voitures derrière accourent. Je venais de faire un triomphe à l'Olympia et j'étais KO dans sa voiture. Il était jaloux de mon succès. J'ai fini mon contrat à l'Olympia avec trois tonnes de fond de teint sur le visage. Mais ce n'était plus pareil.

 

Vous êtes passée à côté d'un immense succès.

Je passais avec un ensemble de jazz au Gaumont palace, un grand music hall de la place Clichy. Un soir, le pianiste me dit : j'ai une chanson pour toi. Je l'écoute et je la trouve merveilleuse. Je me dépêche de l'enregistrer. Mais le disque ne sort pas. Je me renseigne auprès de ma maison de disques. On me répond qu'une autre artiste l'a entendue et a mis un arrêt dessus. Cette autre artiste, c'était Piaf. On a donc attendu que ce soit un succès chez elle pour sortir ma version qui en était pourtant la première, timidement A l'époque, ça m'a fait mal.

 

Ce ne sera pas votre seule déconvenue avec Piaf.

Un jour, je me retrouve à New York en même temps que Piaf qui devait y donner des concerts. Voilà qu'elle tombe très malade et est hospitalisée. On me propose de la remplacer. Bien sûr, j'accepte. Finalement, on me fait savoir que ça en se fera pas : Piaf ne veut pas que je la remplace. Je suis quand même allée la voir à l'hôpital. L'infirmière me dit que c'est impossible, qu'elle dort. Par chance, j'avais une amie hospitalisée dans la chambre juste à côté de la sienne. Je vais voir mon amie et là, j'entends le rire sonore de Piaf. Je suis retournée taper à sa porte et là, elle m'a fait rentrer !

 

Vous avez fait une carrière internationale

Comme Wolf était violent, c'était pour moi une échappatoire. J'avais déjà chanté en Belgique, en Hollande, j'ai fait le Canada. Egalement le Brésil et l'Afrique du Nord. Ce qui fait que je me faisais un peu oublier en France – ce qui n'était pas plus mal parce que je voulais aussi me faire oublier de Wolf.

 

Vous avez eu une seconde carrière en France grâce à Pascal Sevran.

Figurez-vous que sa mère était une de mes fans. Elle habitait non loin de chez moi à Paris et, quand il était petit, elle lui montrait toujours où j'habitais. Pascal est venu m'écouter un soir avec Orlando où je chantais au New Frisco. Mais je suis tombée malade et je n'ai pas pu les rejoindre après mon spectacle. Quelque temps plus tard, je reçois un coup de fil. Il me relançait. C'est ainsi que j'ai participé à sa première émission, Laissez passer la chanson. Puis il me proposa d'être, avec Patachou, Colette Renard et Juliette Gréco, la marraine de La Chance aux chansons. Et j'ai participé à des galas avec d'autres artistes qui passaient dans son émission, au théâtre Sébastopol de Lille et au Colisée de Roubaix. Jusqu'à sa mort, j'ai été à côté de lui.

 

Quel regard avez-vous, aujourd'hui, sur votre carrière ?

Je trouve que j'ai fait des choses formidables. Ma carrière a, à un moment, coincé à cause de mon manager, mais Pascal m'a donné une seconde chance. Avec lui, j'ai fait des émissions et des tournées magnifiques, mais c'est vrai que ce n'était plus la même chose. Je dépendais de lui.

 

Samedi, vous avez chanté au Trianon pour vos 90 ans. Et rechanter à Roubaix ?

J'en rêve ! C'est dommage d'arrêter un tour de chant qui fonctionne et de ne pas chanter dans sa propre ville.

Nord Eclair - 10-01-2010

commentaires

liliane Hornn 14/01/2010 18:25


JE M EXUSE AUPRES DE MONSIEUR OUVRAD SUR L
ERREUR QUE J AI COMMISE VOTRE PRENOM EST
DIDIER ET NON GERARD JE DEVAIS ETRE TROUBLEE
PAR LE SOUVENIR DE NOTRE CHER PASCAL


Ouvrard 11/01/2010 10:56


Bon anniversaire Anny, Melle GOULD, pris par ailleurs je n'étais pas là samedi soir mais déjà des échos m'arrivent de ton triomphe au Trianon
Didier


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